Archives de Catégorie: Ils ont dit, et on adhère!

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LLPAA – Nos Voeux 2014, Rudyard Kipling et Gandhi!

Carte de voeux de LLPAA 2014Pour accompagner ces voeux, LLPAA tenait à dédicacer un poème à tous les défenseurs des droits des animaux humains & non humains.

Ce poème, le plus connu de Rudyard Kipling, n’en est que plus émouvant quand on sait qu’il l’a écrit pour son fils unique John, alors âgé de douze ans, en 1910 et que ce dernier périra en 1915 à sa première bataille lors de la guerre 1914-18, âgé d’à peine dix-sept ans. Paru en 1910 en Angleterre et traduit en 1918 par André Maurois sous le titre « Tu seras un homme mon fils », ce poème nous rappelle que nous, animaux humains, sommes faillibles, mais aussi perfectibles. Il nous rappelle la nécessaire humilité, qui nous permet l’ouverture à l’autre et au monde du vivant, aussi, tout en restant vrai, honnête et sincère pour mieux y parvenir…

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras…

L’union fait la force véritable…

Nous avons hésité, au niveau de la dédicace, entre ce poème de RK, et une célèbre citation que l’on prête à Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde« .

Pourquoi « que l’on prête à » ?

Parce qu’effectivement, il s’avère qu’il n’y a pas de preuve documentaire fiable concernant l’effective paternité de Gandhi de cette citation… Il semblerait plutôt qu’elle soit la résultante marketée et simplifiée (*) d’un texte du grand homme qui est le texte suivant :

« If we could change ourselves, the tendencies in the world would also change. As a man changes his own nature, so does the attitude of the world change towards him. … We need not wait to see what others do. »  (En gros : « Si nous pouvions changer nous-mêmes, les tendances dans le monde seraient également changées. Lorsqu’un homme change, de même change l’attitude du monde à son égard… Nul besoin d’attendre de voir ce que les autres font pour changer »)

Par ses propos, Gandhi a voulu nous dire que transformation personnelle et transformation sociale, sociétale même, vont de pair, mais rien ici ne suggère que cette transformation personnelle est à elle-seule suffisante, ce que sous-tend la version citationniste.

En fait, pour Gandhi, si la lutte pour créer un monde meilleur implique non seulement une abnégation rigoureuse et le respect rigoureux de la philosophie de la non-violence, l’homme doit également prendre conscience qu’une personne seule ne peut pas profondément et durablement changer les choses. Lutter contre, et abolir l’injustice, quelle que soit sa forme, ne peut résulter que d’une action collective, celle d’un grand nombre de personnes travaillant ensemble avec discipline et persévérance.

Et c’est aussi cela que nous souhaitions mettre en avant, en ce début d’une année nouvelle : la nécessité d’union dans la lutte pour les droits du vivant, d’union entre les différentes entités militantes, la nécessaire synergie des militants et des entités qui se sont engagés pour que le monde devienne sous toutes ses formes plus empathique et respectueux de la vie, que ce soit celle de l’environnement, des animaux humains ou des animaux non humains.

Une belle année à tous, donc, placée sous le signe de l’union et de la tolérance!

Carte de voeux de LLPAA 2014

Le choix du vivant – Gérard CHAROLLOIS

 Le choix du vivant

Des présidents de chambres d’agricultures du Sud de la France indiquent au ministre de l’écologie que les éleveurs de montagne refusent la présence de tous les prédateurs. En fait, ces éleveurs veulent des parcs nationaux parcs à moutons où des troupeaux sans surveillance détruisent toute végétation, sans prédation naturelle et sans concurrence d’herbivores sauvages.

Le préfet de HAUTE SAVOIE a autorisé une tuerie de centaines de bouquetins au motif que ces animaux pourraient être porteurs de brucellose dont un cas humain se manifesta au printemps dernier.

Partout, systématiquement, au nom du profit, de l’aseptisation, des peurs irrationnelles, l’homme tue.

Il ne tolère ni loup dans les forêts, ni pigeons dans les villes, car « l’animal sauvage est dangereux ! »

Dans le même temps les élus persistent à aménager le territoire en routes et en aéroports, contribuant ainsi à soustraire des espaces à la nature.

Qu’elle est fossilisée cette classe politique qui offre NOTRE DAME DES LANDES à un oligarque bien connu, ami de l’ancien président, roi des parkings et des autoroutes !

Puis, il y a des milliers de micro-NOTRE DAME DES LANDES, sous formes de ronds-points, de zones artisanales, de carrières, de déviations contournantes.

Inspiré par les affairistes, entrepreneurs et exploitants, un groupe de députés, aux ordres des forces d’argent, dépose en cette fin d’année, une proposition de loi constitutionnelle visant à supprimer, de la constitution, le « principe de précaution », frein aux appétits insatiables des prévaricateurs de la finance.

Ce texte ne sera pas adopté, mais illustre un état d’esprit contre nature si présent chez trop d’élus.

Maires, ils font abattre systématiquement les grands arbres urbains en feignant de les remplacer par de jeunes qui n’auront jamais la chance de vieillir.

Ainsi, sans l’avouer, subrepticement, en affirmant le contraire, l’homme (homo-economicus) est l’ennemi de la nature.

Bien sûr, il n’assume pas son crime.

Il tue, aménage, extermine, aseptise, mais c’est pour défendre son troupeau, préserver sa forêt usine à bois, prévenir les accidents, lutter contre la rage, à moins que ce ne soit l’échinoccocose, la brucellose, la grippe aviaire, pour désenclaver, pour un développement « bien évidemment durable ».

Pour la propagande officielle et le prêt-à-penser, seuls des « écolos intégristes », des « extrémistes animalistes farfelus » peuvent s’opposer à de telles mesures, car ils « sont contre tout » et « veulent nous ramener à la lampe à pétrole ».

Ainsi, l’imposture suit le crime et l’injure tient lieu de paravent aux exactions.

Les ennemis de la terre préfèrent salir que lire, dénigrer que réfuter, insulter qu’argumenter.

Cependant, les faits sont ce qu’ils sont.

Par pans successifs, sous mille prétextes, l’homme anéantit le vivant, artificialise son milieu de vie.

Si, dire la vérité, c’est être « intégriste » « extrémiste » ou autres amabilités débiles dont nous affublent les ennemis de la terre, soyons, sans couardise, ceux qui disent les faits.

Par-delà chaque conflit entre l’exploiteur, le tueur, le pollueur et la nature, soyons du côté de la vie.

Le choix n’est jamais entre l’humain et la biodiversité.

La conciliation est toujours possible, à condition de changer les pratiques et de faire reculer l’obscurantisme.

Pour satisfaire les très légitimes intérêts de l’humain, pour faire reculer la pauvreté, pour promouvoir les valeurs fondamentales de solidarité, d’assistance, pour juguler l’esprit de compétition, poison moral inoculé par les milieux d’argent, pour vaincre la souffrance physique, point n’est besoin de massacrer la bécasse ni d’offrir à des affairistes prévaricateurs des infrastructures destructrices de biodiversité.

Pour sauver la nature, point n’est besoin de renoncer aux conquêtes scientifiques, au vrai progrès, à un hédonisme altruiste.

Il suffit de faire le choix du vivant, choix qui en éthique, en politique, en philosophie s’appelle le biocentrisme.

A l’inverse des nihilistes, nous affirmons des valeurs positives, concrètes, des valeurs bénéfiques à tout être vivant.

 Gérard CHAROLLOIS

 Lettre publiée le 29 décembre 2012 – CVN – Convention Vie et Nature

Gérard Charollois est un juriste et un militant écologiste français. Il est le président et cofondateur du mouvement Convention Vie et Nature pour « une écologie éthique et radicale » et pour « le respect des êtres vivants et des équilibres naturels ».